La mode est l’un des phénomènes les plus durables et influents de la civilisation occidentale. Nous pouvons comprendre la mode de deux manières différentes : comme un ensemble de vêtements et d’accessoires, ou de façon plus générale et globale, comme un mécanisme logique et idéologique qui inclut l’habillement. Dans cette perspective, et en utilisant le concept d’Adam Smith, la mode s’applique à tous les domaines où la notion de « goût » joue un rôle central, comme les vêtements, la décoration, mais aussi la musique, la poésie ou l’architecture. En tant que telle, réfléchir à la mode et tenter de la comprendre revient, d’une certaine manière, à essayer de comprendre qui nous sommes et comment nous agissons. Interpréter un moment de l’histoire doit aussi prendre en compte le mouvement de la mode de cette époque. Bien que dans certains milieux le concept de mode soit méprisé comme quelque chose de mineur ou inutile, la vérité est que la mode est une source importante d’informations sur une époque. Non seulement en tant que représentante d’une qualité esthétique spécifique d’un temps donné, mais aussi en tant que révélatrice des relations sociales. C’est plus qu’une simple qualité définissante, mais une combinaison de qualités. Peut-être pas très facile à définir, mais partagée par un réseau complexe de similitudes reliant : architecture, design, art, politique, science, religion, etc., capable d’encourager et d’interférer dans divers domaines de consommation.

Jusqu’à récemment, la réflexion approfondie sur le phénomène de la mode était rare, et la mention du concept était vaguement associée à l’idée d’esthétique (sensation, perception, sentiment). Kant utilisait le terme jugement esthétique pour désigner notre appréciation de la beauté, un intérêt désintéressé qui nous permet de purifier l’objet de son usage. Marx, quant à lui, méprisait le concept, se concentrant uniquement sur les conditions économiques de ceux qui produisent ces objets et ne les voyant que pour ce qu’ils sont réellement. Mais c’est avec Georg Simmel que l’idée d’expérience esthétique profondément liée à la vie sociale a émergé. Son approche montre que la nature humaine est dualiste, avec une tendance à généraliser d’un côté, et un désir d’être singulier, unique, de l’autre. L’histoire de la société révèle cette nature dans ses conflits, le désir de permanence, d’unité, de similitude (adaptation aux normes de la société) et, d’autre part, le désir de changement, de liberté et d’unicité.
Les êtres humains ont une tendance à imiter, un confort à ne pas être seuls et à se sentir libérés de la responsabilité de choisir. D’un autre côté, ce sentiment d’appartenance accentue aussi le désir éternel de changer, de se démarquer. La mode répond à ce besoin. D’un côté, c’est une manière d’imiter un certain exemple, et de l’autre, elle satisfait le désir de changement et d’individualité. Souligner que l’on porte un certain type de chaussure ou une certaine couleur ne révèle en réalité que l’indifférence de la mode à nos besoins et même aux standards de beauté.

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Les formes sociales, nos opinions esthétiques ou ce que nous portons changent constamment. La mode occupe une place où passé et futur se croisent, elle possède une nouveauté et une transience qui lui confèrent un élément d’attraction. Mais plus les tendances changent rapidement, plus la demande pour des versions moins chères ressemblant au style augmente. À cet égard, cette particularité de la mode la rend coupable des conséquences de la fast fashion, telles que l’alimentation de bas salaires, la mauvaise qualité et la pollution. Sans les graves conséquences de ce type de production de masse, nous pourrions nous concentrer sur la manière dont le changement rapide crée des cycles de mode. Rien n’empêche qu’un objet qui n’est plus à la mode redevienne à la mode après un certain temps (on voit souvent des tendances d’autres décennies revisitées). Ou même, de temps en temps, voir quelque chose élevé au rang d’œuvre d’art. Un objet dépouillé de sa caractéristique principale et prenant sa place sans effort apparent.

about time : mode et durée, une exposition du scénographe es devlin visible à l’institut du costume du Metropolitan Museum of Art du 29 octobre 2020 au 7 février 2021, retraçant 150 ans de mode selon une chronologie fragmentée en l’honneur du 150e anniversaire du musée.
La mode peut absorber n’importe quel type de contenu, de la façon dont nous nous habillons, pensons et nous présentons à l’art. Certains vivent cette disposition plus intérieurement, d’autres plus intensément. On ne peut nier qu’elle est bien plus qu’une caractéristique objective, mais une expérience sociale qui nous montre les tendances antagonistes de la vie.
cláudia cavaleiro rédactrice en chef pour CINCO éditorial. Née en 82 à Coimbra, elle est diplômée en philosophie de l’université de Coimbra. Passionnée par les livres et les podcasts d’une manière geek, elle trouve toujours quelque chose d’intéressant à rechercher. Elle aime sensibiliser aux problèmes sociaux et adore travailler chez CINCO !
